Présence

De l’interdit qui veut qu’un art n’empiète sur le domaine d’un autre est ici levé, du fait de la simple littéralité et de la matérialité exemplaire des moyens employés par les artistes en présence. Il s’agit là de répondre à une convocation effective, universelle celle de notre propre finitude… Du point de vue de l’exercice, les genres sont bousculés par la forme (la peinture, la sculpture, l’happening et ses représentation plus ou moins théâtralisées).

La sculpture construction de Stéphanie Barthes est au delà de la trace, elle a son poids, son indépendance et son propre espace de sens (son topos). Issue d’une performance de près de trois heures (ayant eu lieu le 10/01/2010 à la galerie CCC à Bordeaux) la matière qui la constitue est faite de chairs, de sangs, de pleurs, de violences autant que de recueillements. Cette performance, cette rencontre à eu lieu dans un espace temporel à la fois ouvert et fermé, un huit clos en public. La mort indispensable est passée, passée par elle, elle à été souhaitée puis donnée, accueillie, et enfin accompagnée.

Corps nus à égalité, victime et bourreau inventent une autre histoire, ensemble ils se travaillent, se tranchent, et retranchent, s’ajoutent, s’étalent, s’enroulant en charge et en revanche. Jouir de vie et de mort avec l’espoir d’une impossible résurrection. Pour tuer elle tue. Elle tue aussi toute forme de sentimentalisme (pour ne pas dire de sensualisme) en véritable artificier de nos pulsions. Nue à l’égal de sa victime… Le corps entier est dans son dedans à la fois érotique et digestif, sensualisme alimentaire, la vie, le souffle est volé puis souhaité de nouveau, les larmes la douleur et tout l’amour de l’autre sacrifié, face à l’impossible résurrection. Manger, couvrir, cavité, désir de protection, envie, elle est en mort accompagnée, antre mêlée des chairs, déchire, aimant, crache, pleure, éructe, crie, ingurgite et monte à cru depuis longtemps la main du peintre et de la critique est coupée. Mais elle, encore artiste, fabrique sous nos yeux l’image actuelle, d’une nature vivante, inventant le bruit d’une autre peinture. Elle prend et déverse son désespoir dans cette inavouable mise en scène En même temps, nous on en mangerait drôle de cuisine, de cuisinière dirait on aujourd’hui…

Bien plus qu’une sculpture souvenir, il en reste la victoire de l’animal sacrifié en triomphe sur le grave de sa place de marbre, où le Shéol se fait piédestal. La lumière et la vie reviennent par la vibration d’un néon, ses bois de vie renouent ainsi en majesté dans la promesse de nouvelles histoires à venir.

Présence à l'atelier de Jean François Buisson

Répondant à l’invitation de son ami sculpteur Jean-françois Buisson l’artiste performeuse Stéphanie Barthes investit une partie de l’espace de son atelier lors d’une précédente édition des Vivres de l’art.
Il est à noter ici que cette ancien entrepôt fut un lieu de stockage de vivres destinés à la marine…
Présence 2.
L’installation vidéo propose le questionnement autour de la trace, du vestige mais plus encore celui d’une lecture voir d’une relecture pour ceux qui peu nombreux certes avaient eu la chance d’ assister à la performance originale, ayant eu lieu à la galerie CCC (le 10/01/2010 performance volontairement produite en mode public/privée).
La nouvelle forme de monstration souhaitée par stéphanie Barthes s’articula alors sur un territoire approprié par l’artiste, entièrement recouvert d’une épaisse couche de farine immaculée supportant en son centre la lourde plaque de marbre noir, topos du sacrifice et lieu de mémoire.
Suspendu au dessus se trouvent les images brutes de la captation vidéo, le tout sans autres procédés narratif que celui offert par une plaque tombale gravée en blanc du seul mot titre (de l’oeuvre) PRESENCE.